
Le régime traditionnel Inuit : un cadeau de la nature ?
« Mange ta soupe, c’est un cadeau de la nature ! » Cette phrase résonne dans de nombreuses cultures où la nourriture est un symbole de partage et de transmission. Aujourd’hui, nous allons explorer un régime ancestral qui intrigue les scientifiques et qui nous offre une perspective unique sur la nutrition : le régime traditionnel des Inuits du Groenland.
Un régime extrême, riche en lipides et pauvre en glucides
Les Inuits ont survécu pendant des siècles dans un environnement où les fruits, les légumes et les céréales étaient quasiment absents. Leur alimentation reposait principalement sur les mammifères marins (phoques, morses, baleines), les poissons et quelques animaux terrestres comme le caribou. Ce régime était donc extrêmement riche en lipides, modéré en protéines et très pauvre en glucides.
De prime abord, ce mode d’alimentation semble correspondre à un régime cétogène, qui pousse le corps à utiliser les corps cétoniques comme source principale d’énergie. Cependant, les recherches récentes révèlent que les Inuits ne sont pas en cétose permanente. Pourquoi ? Parce que leur métabolisme s’est adapté génétiquement à leur régime riche en graisses !
Les particularités génétiques des Inuits
Des études récentes ont identifié une mutation dans le gène CPT1A chez les Inuits. Ce gène est essentiel pour la transformation des graisses en énergie via la bêta-oxydation. Or, la mutation spécifique à cette population réduit la production de corps cétoniques. Cela signifie que, malgré un régime apparemment cétogène, les Inuits utilisent différemment les lipides : ils brûlent directement les graisses sans produire de grandes quantités de cétones.
Autre particularité : leur capacité à gérer les oméga-3 est unique. Leurs gènes FADS1 et FADS2, impliqués dans la synthèse des acides gras essentiels, ont été modifiés par la sélection naturelle, leur permettant de mieux réguler leurs niveaux d’acides gras polyinsaturés.
De la tradition à la modernité : une transition alimentaire à risque
L’introduction des aliments occidentaux au Groenland a bouleversé les habitudes alimentaires inuites. Là où autrefois les Inuits consommaient principalement des aliments riches en nutriments et pauvres en glucides, on observe aujourd’hui une augmentation des aliments transformés, riches en sucres et en féculents.
Ce changement a entraîné une explosion des maladies métaboliques, notamment du diabète de type 2 et des maladies cardiovasculaires. Le variant du gène TBC1D4, présent chez environ 25 % des Inuits, aggrave la situation : il diminue la captation du glucose par les muscles, rendant l’organisme plus vulnérable aux effets néfastes du sucre.
Quelles leçons peut-on en tirer pour notre alimentation ?
Le régime inuit nous rappelle que l’alimentation doit être adaptée à notre héritage génétique et notre mode de vie. Pour beaucoup d’entre nous, suivre un régime très pauvre en glucides peut être bénéfique, mais il faut garder à l’esprit que notre physiologie n’est pas celle des Inuits. Nous n’avons pas la même adaptation aux graisses marines ni la même capacité à gérer les lipides sans produire de cétones.
En revanche, il est intéressant de s’inspirer de certains principes du régime inuit :
- Privilégier des aliments riches en bons lipides, comme les poissons gras et les viandes nourries naturellement.
- Réduire les sucres raffinés et éviter l’excès de glucides inutiles.
- Consommer des aliments entiers et non transformés, en favorisant les produits naturels et locaux.
- Respecter nos propres besoins et notre héritage génétique, sans chercher à imiter des régimes qui ne nous correspondent pas nécessairement.
Soupe traditionnelle des inuits du Groenland
La cuisine traditionnelle inuit du Groenland est différente des soupes européennes traditionnelles. Les recettes classiques sont assez simples, souvent à base de poisson, d’eau, de sel, et parfois de quelques herbes sauvages ou d’algues si disponibles. Le Suaasat est la soupe la plus courante, pouvant être préparée avec du poisson, comme le saumon ou l’omble du nord. Traditionnellement, on utilise l’intégralité du poisson, y compris les arêtes et parfois les entrailles. Une recette authentique inclurait du poisson, de l’eau, du sel et peut-être un peu d’algues ou de graisse animale.
Voici une version simplifiée d’une recette traditionnelle inuit, inspirée du Groenland, respectant la pureté des saveurs naturelles du poisson. Cette recette est volontairement minimaliste, comme le veut la cuisine inuit traditionnelle.
Ingrédients :
- 500 g de saumon
- 1 litre d’eau
- 2 oignons hachés
- 2 carottes coupées en rondelles
- 2 pommes de terre (facultatif, adaptation moderne)
- 1 feuille de laurier
- Sel et poivre au goût
- Quelques baies nordiques (airelles ou myrtilles, facultatif)
Préparation :
- Faire bouillir l’eau dans une grande marmite.
- Ajouter le poisson et laisser mijoter à feu doux pendant environ 1 heure.
- Ajouter les légumes, les baies et les épices, puis laisser mijoter encore 30 minutes.
- Servir chaud et savourer ce plat nourrissant et ancestral.
Conclusion
Le régime inuit est une fascinante leçon de nutrition et d’adaptation. Il nous rappelle que la nature offre ce dont nous avons besoin pour survivre, mais aussi que notre alimentation doit être cohérente avec notre mode de vie et notre physiologie. Manger mieux, ce n’est pas seulement adopter un régime à la mode, c’est comprendre notre propre histoire et nos besoins !
Alors, prêts à explorer de nouvelles saveurs tout en apprenant des cultures ancestrales ? Mange ta soupe, c’est un cadeau de la nature !
Vidéo de la série « Mange ta soupe ! » (existe aussi en anglais, et en langue traditionnelle du Groenland) :
Références, pour en savoir plus sur le régime inuit et son évolution :
Fumagalli, M., Moltke, I., Grarup, N., Racimo, F., Bjerregaard, P., Jørgensen, M. E., Korneliussen, T. S., Gerbault, P., Skotte, L., Linneberg, A., Christensen, C., Brandslund, I., Jørgensen, T., Huerta-Sánchez, E., Schmidt, E. B., Pedersen, O., Hansen, T., Albrechtsen, A., & Nielsen, R. (2015). Greenlandic Inuit show genetic signatures of diet and climate adaptation. Science (New York, N.Y.), 349(6254), 1343–1347. https://doi.org/10.1126/science.aab2319
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